Un oeil glauque sur... la guerre et les chrétiens maléfiques
Je n’ai pas besoin de faire un topo de l’actualité, je ne suis pas là pour ça. Que les Suisses préfèrent exporter la guerre plutôt que de sacrifier quelques emplois paraissait logique… Je n’ai pas imaginé une seule seconde que l’issue du scrutin puisse être différente. Après tout, fiers depuis longtemps de leur armée très utile, au point qu’un jeune antimilitariste s’entendra souvent dire, même au sein de sa propre famille pour certains, des arguments sur la taille de son sexe et son identité sexuelle, puisque tout le monde le sait – cela semble être une ancienne convention sociale – que seuls les militaires en Suisse, sont des vrais hommes à grosse bite. Cela semble surtout vrai quand l’homme en question parle un dialecte alémanique. Mais bref, cet amour de l’armée ne serait rien sans l’amour des choses militaires, évidemment, l’amour de la guerre, aussi, et, bien sûr, de l’histoire hautement guerrière de la Suisse. Bref, on savait depuis longtemps que la Suisse n’était neutre que sur le papier, mais on sait aujourd’hui que non seulement la Suisse prend part aux conflits internationaux du côté… de l’argent. De quoi s’assurer que nos amis les pays capitalistes, qui ont les moyens d’acheter des fusils neufs, resteront les vainqueurs… Reste que là non plus, rien de nouveau.
Mon œil glauque, par contre, a vu autre chose se passer, hier.
Un jour, un miniscule parti, dont les membres sont tous issus des sectes les plus radicales de l’ensemble de la chrétienté (pour ne pas nommer les baptistes et les extrêmement conservateurs pentecôtistes), de toujours considérant l’Islam quand un très grand danger non seulement pour les nations, mais surtout pour les âmes qui sont censées servir leur Sauveur à eux, ont lancé une initiative pour interdire des phallus géants notoirement inutiles de toutes façon. Cette initiative a été soutenue par eux, bien sûr, mais ils ont été rejoints (seulement) par un certain parti qui a toujours masqué sous des arguments sécuritaires, ethnocentristes et émotionnels une politique pécuniaire violente, vorace et injuste, pour ne pas le nommer. Ces deux partis, dont le premier mobilise en moyenne 0% des voix, constituent donc une majorité qui atteint presque… le quart des citoyens. Toutes les autres tendances se sont prononcées contre l’interdiction des donjons musulmans.
La campagne a mené bon train, à la limite de la décence, comme d’habitude, et les gens se sont en énorme majorité prononcés contre l’objet en votation. Or, les faits on prouvé une chose : par peur d’être traités de racistes (ce que la plupart d’entre eux sont effectivement, après avoir parlé avec eux on comprend tout de suite), de conservateurs (ce qui est idiot puisque la plupart des gens le sont), de chrétiens (ce qui est normal, puisque seul un chrétien pervers et maléfique, n’ayant jamais lu les Ecritures peut soutenir un tel objet) ou encore de fasciste (là c’est celui qui prononce ce mot qui est à blâmer), par peur de tout ça, donc, la plupart des gens ont annoncé qu’ils refuseraient cette sale idée et, dans le secret des urnes, ils ont voté pour, leur plus gros mensonge de la semaine, sans doute.
L’oreille glauque a entendu les arguments : tous étaient débiles, tous étaient chrétiens, tous étaient basés sur la peur, l’ignorance, et surtout la volonté de se venger d’une religion honnie en s’attaquant à des Etats souverains et laïques, d’après une légende (généralement fausse) selon laquelle il n’y aurait pas d’églises dans ces pays-là. Evidemment, la plupart de mes interlocuteurs n’ont jamais mis les pieds dans une église, cela va sans dire.
Les fondamentalistes chrétiens ont gagné, encore une fois (leur nombre augmente sans cesse, et leurs idées se radicalisent chaque jour et le pire, c’est que c’est idées-là nous viennent d’Amérique !). Ils ont gagné en utilisant les armes de Satan, la peur et la haine. Pire, ils ont gagné en propageant le mensonge avant les urnes (malgré eux peut-être). Le plus bel espoir qu’on puisse avoir pour eux, c’est que le jour où ce Christ qu’ils ont rencontré personnellement, disent-ils, reviendra, c’est qu’il les jette en Enfer sans même un regard. Les catholiques et les réformés ont pour certains su comprendre que Dieu existait avec la conciliation de la société, de la culture et des progrès sociaux et technologiques. Les autres sont des chrétiens maléfiques, des sectaires. Chaque jour, au nom du Christ, ils adorent le Diable, le mal, la peur et la destruction de ce monde qu’ils détestent, parce que, pour eux, l’ennemi de Christ, c’est le bonheur et la liberté.
Ce n’est pas la peine de revenir sur des discussions stériles, comme la démocratie ou le peuple souverain. La démocratie était un idéal du vingtième siècle, elle finira par être remplacée par autre chose, c’est comme ça que va le monde depuis toujours.
Mais quand même, des fois, je me demande : pourquoi à chaque fois qu’on parle cinq minutes avec un citoyen qu’on ne connaît pas, une fois sur deux (moyenne personnelle), on se rend compte que c’est un con qui vote sans rien connaître des sujets ? Qu’il est ignorant de tout ce qui se passe autour de lui ? Qu’il a sans cesse peur de menaces imaginaires ? La démocratie peut-elle vraiment être valide si les gens n’ont pas appris, de façon sérieuse, à comprendre en détail ce qu’implique d’être citoyen ? Ou le fait de payer des impôts donne-t-il le droit de se considérer comme le maître du monde – ou de la Suisse ?