La Vie et la Mort des Chiens
Je ne sais pas si j’ai été clair en présentant cette catégorie, mais la Vie et la Mort ne sont pas seulement des phénomènes qui concernent les seuls humains, je crois que nous sommes tous d’accord.
Donc, les chiens.
Si je n’ai pas tellement de point de vue tranché sur la question de la vie et de la mort, il est absolument certain que dans mon esprit libéral-libertaire, il n’est pas de plus grand crime, voir pas d’autre crime du tout, que celui de causer volontairement, directement ou indirectement la mort. Et je prie d’ailleurs instamment ceux qui pensent autrement de retourner jouer avec leurs gourdins à l’âge des cavernes, qu’ils foutent un peu la paix aux gens civilisés, pour une fois.
Donc, enfin, peut-être, les chiens.
Depuis que je suis enfant, je souhaite avoir un chien à mes côtés. Seulement voilà, entre l’interdiction de posséder un chien dans la maison familiale puis, plus tard, la succession de logements qui refusent les animaux domestiques, ce rêve ne s’est jamais réalisé. Pourtant, il n’en a pas disparu pour autant. Le compagnon de jeux idéal auquel je puisse imaginer aujourd’hui reste un chien et si les chats demeurent les personnes auxquelles j’aime par-dessus tout faire la conversation, les chiens, eux, constituent d’excellents partenaires de promenade, de baballe, de foufou dans la rivière et rattrapent les bâtons avec un talent que les chats n’ont pas encore réussi à leur égaler.
Seulement, il y a peu, une réflexion acide, comme j’en ai parfois, m’a traversé l’esprit. Les chiens vieillissent plus vite, et meurent après un temps qui peut sembler court pour un humain. Ainsi, mon compagnon canin deviendra vieux, il tombera malade et la douleur finira par le paralyser sur sa couche, les yeux remplis de souffrance.
Lorsque ce jour arrive, il est commun, dans les familles modernes, de dire aux enfants qu’il existe une ferme spéciale pour les animaux malades, de l’emmener chez le véto et de faire subir au chien le sort des assassins multirécidivistes noir-américains.
Bref. On envoie le chien à la mort. Par compassion, diront certains. Par amour, diront d’autres. Parce que c’est un fardeau, diront d’autres, sans doute plus honnêtes.
Et je me suis dit : « que ferais-je dans cette situation ? ». Je ne tue pas, mais je ne veux pas faire tuer non plus. Pourrais-je envoyer le cher animal se faire tuer chez un professionnel en invoquant la compassion, pour me donner cette bonne conscience qui me donne envie de donner des pains quand j’entends les gens autour de moi l’invoquer ? Ferais-je partie de ces gens qui ne s’offusque de la souffrance et de la mort que quand elle concerne les humains ? Ferais-je partie de ces gens qui, sous prétexte, qu’il existe quelque part une supériorité humaine, se permettent de se comporter avec leurs animaux comme leurs arrière-arrière-grands-parents se comportaient avec leurs esclaves ?
Je ne sais pas. Et je me dis parfois, depuis, que je n’aurai jamais de chien. Le plus facile, quand on doit faire un choix, c’est de s’éviter d’avoir à le faire. Et pourtant, et pourtant, je me demande comment il s'appelera mon chien...
Et je dis ça, alors que je mange de la viande et du poisson. Comme quoi…