La Reine de Glace
Ne foule pas la neige
Tombée auprès de ce palais !
Rarement elle y fut si abondante
Comme on la voit sur la montagne.
Oh ! Passant, je t’en supplie
Cette neige, ne la foule point.
Mikata no Shami (VIIe s), Poèmes.
Un jour, elle créa des milliers de petites colombes de froid pour les envoyer de par les sept mers et les sept montagnes, porteuses de son cri de langueur, afin d’inviter quiconque serait capable de faire paraître le soleil sur son palais de se présenter à elle. Elle n’avait rien à donner en échange, mais espérait que le vaste monde recelait assez de braves pour tenter de briser son malheur.
***
Pour tous, venus des quatre coins du vaste monde, l’expédition fut longue et pénible. Ceux qui ne rebroussaient pas chemin étaient emportés par le froid et la faim. Ainsi, peu parvinrent au pied du palais de glace, qui fut, pour eux tous, la plus belle chose qu’ils n’avaient jamais vu.
Des serviteurs de neige les conduisirent dans la salle du trône, où les attendaient un banquet de glace et de cristal.
La reine, entourée de bourrasques, regardait ces aventuriers, qui, ayant bravé les tempêtes et les blizzards, prenaient place devant elle.
Il y avait là des mages et des charlatans venus de partout : des enchanteurs à la barbe blanche des terres d’Occident, des chamans à la peau d’ébène venus des lointains continents du méridien, des bonzes couverts de colifichets venus de l’Orient et bien d’autres dont l’histoire ne se souvient pas.
La reine attendait avec impatience que tous se mettent à l’œuvre, afin qu’elle puisse voir le soleil si longtemps désiré. Elle se promenait parmi les invités, une chaleur d’espoir naissant dans se gorge.
Lorsque tous eurent fini de manger, les candidats se présentèrent à elle.
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Les premiers étaient des serviteurs de Pharaon, aux cheveux noirs, peu vêtus, maquillés, tatoués de toutes part et portant de grands bâtons.
« Altesse, annoncèrent-ils, nous connaissons la raison de l’absence du dieu-soleil sur vos territoires. »
« Quelle est-elle ? demanda la reine. »
« Vous n’invoquez pas sa lumière suffisamment fort. Nous allons l’appeler et ordonner aux nuages de disparaître afin de le laisser paraître. »
Tous sommèrent alors au soleil de venir, dansant et psalmodiant, agitant mains et bâtons en tous sens. Mais il ne parut pas.
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Les seconds étaient des prêtres, portant des robes de bure, couverts de symboles sacrés et de perles, portant des livres énormes.
« Majesté, dirent-ils, pour que le soleil apparaisse sur votre morne contrée, nous avons la solution. »
« Quelle est-elle ? demanda la reine. »
« Vous devez trouver la Foi et prier le Dieu unique qui a créé toute chose, vous ouvrir à son Infinitude et à son Immensité afin qu’Il bénisse vos terres et les inonde de Sa Toute Puissante Justice et de Sa Sainte Lumière. »
Les prêtres, la reine et l’assemblée, prièrent alors le Dieu de ces prêtres, dans toutes les langues de la terre et des étoiles, mais le soleil ne parut toujours pas.
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Les suivants étaient des bonzes ascètes, le regard plongé dans une profonde contemplation, pauvres et détachés de l’univers.
« Souveraine, dirent-ils, pour que l’astre du jour vous revienne, nous savons comment faire. »
« Comment ? demanda la reine. »
« Vous devez comprendre la raison première de toute chose dans l’univers, et, quand vous aurez atteint l’illumination parfaite, vous saurez pourquoi il ne vient pas. »
« Et comment dois-je faire ? »
Les bonzes serrèrent leurs poings et les tendirent vers la noble dame. « Regardez dans nos mains, nous tenons des trésors. » Elle ouvrit les mains des bonzes, mais ils ne tenaient rien. La reine et tous les gens rassemblés échangèrent des regards pensifs. Un bonze dit : « Là est la raison première de toute chose ».
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S’avança alors un petit homme seul, sale et crasseux, qu’une longue vie ne semblait pas avoir épargné. Il ne sortait que des loques, ses joues étaient rouges et son front ridé.
« Ma Dame, je ne sais pas pourquoi le soleil ne paraît pas ici, mais je crois détenir la solution à toutes les choses de la terre. »
« Et qu’est-ce, demanda-t-elle. »
Et tous se mirent à rire. La reine riait si fort que le cristal de son château vibrait de millions de paroles de joie.
A cet instant, le soleil parut.
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